Etat de Vaud / La Gazette / journal de la fonction publique / No 115 du 21 août 2002 /  bimensuel
Légende de la photo : Gilbert Duruz, piqué d'apiculture depuis une vingtaine d'années

La lune de miel de Gilbert Duruz

Il leur consacre une bonne partie de son temps libre. Pour elles, il s'évade de Lausanne où il travaille comme informaticien au secrétariat général du département de la sécurité et de l'environnement . Afin de les voir virevolter et de les entendre bourdonner, il grimpe régulièrement à Vercorin, perché à 1500 mètres, au milieu des sapins. Voici plus de vingt ans qu'elles le mènent par le bout du nez et que de temps à autre, elles lui infligent un piquant rappel à l'ordre afin de lui signifier qu'il a outrepassé les règles de bienséance de leur royaume. " Il m'est arrivé de récolter en une journée une cinquantaine de piqûres ". Philosophe, Gilbert Duruz n'en veut pas à ses protégées, pourtant de bonne composition par rapport à d'autres ouvrières beaucoup plus hargneuse, car il semblerait, et c'est là un conseil que les anciens se rappellent volontiers au bon souvenir des plus jeunes, " que c'est bon contre l'arthrose " ! Volages, elles peuvent parcourir plusieurs kilomètres pour butiner les fleurs de leur choix, douillettes, elles exigent un nid aussi chaleureux qu'exclusif - leur reine n'est pas partageuse -, capricieuses, elles gratifient aujourd'hui Gilbert Duruz de quelques larmes du précieux nectar alors que l'année d'avant, elles lui en avaient gracieusement préparé plusieurs kilos. 
26 ruches
Si elles ne réclament pas constamment sa présence, Gilbert Duruz a toutefois dû planifier son emploi du temps et son travail de façon rigoureuse pour pouvoir continuer, depuis son domicile lausannois, à s'occuper de ses 16 ruches de Vercorin, les plus prolifiques, et les 10 autres installées dans la région de Sion. Une organisation minutieuse, digne de ses protégées, dont on peut apprécier la méthode sur le site de l'intéressé* : alimentation, enfumage, construction de nouveaux ruchers, traitement - notamment contre le varroa, un parasite arrivé il y a une vingtaine d'années en Suisse qui fait des ravages dans les ruches - , nettoyage, protection contre le froid et contre les fourmis, sélection des reines, élevage et finalement extraction du miel, s'il y en a !
Si pour le néophyte, l'apiculture peut sembler une occupation ardue, pour Gilbert Duruz il s'agit surtout d'une façon d'évacuer le stress du travail en se plongeant dans le calme et le cycle immuable de la nature. " Mais ce n'est pas un hobby que l'on peut pratiquer seul dans son coin ", précise Gilbert Duruz " car si l'apiculture est un milieu humble et discret, les quelque 18'000 apiculteurs amateurs de Suisse sont tous interdépendants, surtout lorsqu'il s'agit de prévenir et d'éradiquer des maladies. "
Et détrompez-vous, Gilbert Duruz bichonne ses élues sans voilette et les mains nues. " Mes ruches ne sont pas agressives, une douceur qui trouve son origine dans la génétique mais aussi dans les soins que l'on apporte à la ruche et à la reine ". Placidité royale qui a même su s'accommoder d'une cohabitation pour le moins originale : Gilbert Duruz s'est fait une spécialité d'élever deux colonies dans une même ruche, soit deux reines pondant et distribuant leur ordre l'une à côté de l'autre, avec entre elle une simple paroi. Une biruche, une technique qui lui a été inspirée par ses collègues alsaciens.
Entre Gilbert Duruz et ses abeilles, c'est une lune de miel qui jamais ne prend fin.
Annika Gil
http://home.urbanet.ch/urba7531 ou comment tout savoir sur les abeilles grâce au site personnel de Gilbert Duruz, de ses trucs d'apiculteur en passant par un florilège de citations mettant en scène l'abeille et le miel ou encore un récital de recettes culinaires dont l'ingrédient roi est bien sûr le miel. Gilbert Duruz gère également le site des apiculteurs de Sion et envvirons : http:/www.abeilles-sion.ch
Annika Gil 


Terre et nature du jeudi 14 novembre 2002
par Nicole Marrama
Légende de la photo : Gilbert Duruz dans un rucher des environs de Lausanne.
Photos Matthieu Rod

Qui s'y frotte, s'y pique!

Gilbert Duruz n'est pas tombé, quand il était petit, dans chaudron comme Astérix. Le virus de l'apiculture, il ne l'a attrapé que beaucoup plus tard. Mais, aujourd'hui, on peut dire sans sourire qu'il s'est piqué au jeu. Et que ses loisirs, généralement riment, avec ruches et Vercorin.
Des antécédents génétiques? Pas vraiment. En cherchant bien, un oncle - qu'il n'a même pas connu - semble s'être initié à l'apiculture dans l'entre deux guerres. Le reste n'est qu'envie et coïncidences. Alors qu'il se trouve dans son mayen valaisan, il apprend que l'épicier du village cherche à remettre son rucher. "Cela m'intéresse, je suis preneur". 
Arrive le printemps. Et le moment du transport des deux ruches, qui pèsent plus de soixante kilos chacune. Un cousin est appelé à l'aide. Lampes de poche en main, les deux hommes s'affairent. Les abeilles, elles, font un bruit d'enfer. A la fin de l'été, Gilbert ne récoltera que deux kilos de miel... De plus, les abeilles ne supporteront pas les rigueurs de l'hiver. Fiasco total! "Un apiculteur chevronné aurait pu réussir; pas moi". 
Un jour, alors qu'il feuillette "La Revue apicole", Gilbert découvre qu'une dame âgée de Saint-Aubin cherche à se séparer de ses abeilles et de son pavillon. Nouvelle expédition, en camionnette cette-fois. Mais cela ne s'avère guère plus probant que la première fois. Les ruches, sur trois étages, sont lourdes. Le pavillon, difficile à démonter. Et, en plus, il pleut. On découvre enfin que les abeilles, sont devenues agressives. 
Autre anecdote dont il rit encore. "Ce sera une année magnifique" dit-il en soupesant ses ruches. Pourtant, lorsqu'il veut en extraire la récolte, rien ne se passe. En se renseignant, il apprend que le miel, provenant de mélèzes, a cristallisé très vite; qu'il est devenu aussi dur que du sucre en morceau. Sacré apprentissage! 

Antistress

Notre passionné s'instruit: sa bibliothèque prend du poids, pour ne pas dire de l'embonpoint: ouvrages anciens sur l'apiculture, élevage des reines, l'apiculture du week-end, etc. En 1983, il suit des cours d'un apiculteur alsacien. Il est d'emblée séduit par le système utilisé par ce dynamique retraité de la SNCF. Il achète des ruches en kit; recherche des reines sélectionnées. Il existe d'ailleurs en Suisse, plusieurs stations de fécondation.
Gilbert Duruz travaille sans protection. Pas de voile, ni de gants qui le rendraient maladroit. Sa recette: calme et douceur ou s'occuper de ses abeilles tôt le matin lors de la récolte. 
Informaticien de profession, il avoue avoir trouvé un bon équilibre entre le monde stressant des ordinateurs et celui, naturel, de l'apiculture. "On ne peut pas être énervé quand on est en contact avec des abeilles, sinon elles réagissent immédiatement". Dans ce cas, il vaut mieux s'éloigner et se calmer.
Botanique et apiculture vont de pair 
Lorsqu'on s'occupe d'apiculture, on s'intéresse automatiquement au règne animal et à la botanique. Aux fleurs plus particulièrement et au varroa, cet acarien qui se colle à l'abeille et suce son sang. La bête noire des apiculteurs! L'origine de cette maladie serait due à un colon qui emmena ses ruchers en Inde au XVIIe siècle où cette sorte de "vampire" existait déjà parmi les abeilles autochtones. Il migra sur l'abeille venue d'Europe. Par la suite, des chercheurs allemands emmenèrent des essaims pour les étudier dans leur pays. L'un d'entre-eux s'envola dans la nature. On connaît la suite...

Maintenant sur l'internet

Il y a environ trois ans, Gilbert Duruz s'est également lancé dans la création d'un site internet (http://home.urbanet.ch/urba7531). Il y explique sa technique apicole, les ruches "Dadant-Blatt divisibles" (à deux colonies). Il présente, en chiffres, les instituts spécialisés en Europe, le butinage, la composition du miel, les normes de qualité, les espèces). On y apprend aussi qu'une abeille pèse, à vide, 80 mg et peut emporter une charge presque aussi lourde qu'elle! Volant à la vitesse de 27 km/h, elle parcourt environ 800 km durant sa vie. Il y parle également de mythologie, donne des recettes. "Cela m'a apporté de nombreux contacts, des rencontres.
La plupart des apiculteurs ont l'âge de la retraite. Il y a très peu de jeunes. Gilbert Duruz a donc été invité à se rendre dans une classe valaisanne pour parler aux enfants. Il en est ressorti avec l'idée suivante: pourquoi ne pas aménager, près de l'école, une ruche didactique? Il suffirait juste de trouver la bonne personne pour s'en occuper. Le protagoniste du projet, lui, se rendrait une fois par mois sur place, pour ouvrir la ruche. "Les enfants ont la trouille d'être piqués. Il faut leur apprendre que l'abeille n'attaquent qu'en dernier recours. J'aimerai leur donner confiance. Le monde des abeilles est tellement passionnant". Maeterlinck, le grand écrivain belge, ne le disait-il pas déjà dans ses livres?
Nicole Marrama