Qui s'y frotte, s'y pique!
Gilbert Duruz n'est pas tombé, quand il était petit, dans chaudron comme Astérix. Le virus de l'apiculture, il ne l'a attrapé que beaucoup plus tard. Mais, aujourd'hui, on peut dire sans sourire qu'il s'est piqué au jeu. Et que ses loisirs, généralement riment, avec ruches et Vercorin.
Des antécédents génétiques? Pas vraiment. En cherchant bien, un oncle - qu'il n'a même pas connu - semble s'être initié à l'apiculture dans l'entre deux guerres. Le reste n'est qu'envie et coïncidences. Alors qu'il se trouve dans son mayen valaisan, il apprend que l'épicier du village cherche à remettre son rucher. "Cela m'intéresse, je suis preneur".
Arrive le printemps. Et le moment du transport des deux ruches, qui pèsent plus de soixante kilos chacune. Un cousin est appelé à l'aide. Lampes de poche en main, les deux hommes s'affairent. Les abeilles, elles, font un bruit d'enfer. A la fin de l'été, Gilbert ne récoltera que deux kilos de miel... De plus, les abeilles ne supporteront pas les rigueurs de l'hiver. Fiasco total! "Un apiculteur chevronné aurait pu réussir; pas moi".
Un jour, alors qu'il feuillette "La Revue apicole", Gilbert découvre qu'une dame âgée de Saint-Aubin cherche à se séparer de ses abeilles et de son pavillon. Nouvelle expédition, en camionnette cette-fois. Mais cela ne s'avère guère plus probant que la première fois. Les ruches, sur trois étages, sont lourdes. Le pavillon, difficile à démonter. Et, en plus, il pleut. On découvre enfin que les abeilles, sont devenues agressives.
Autre anecdote dont il rit encore. "Ce sera une année magnifique" dit-il en soupesant ses ruches. Pourtant, lorsqu'il veut en extraire la récolte, rien ne se passe. En se renseignant, il apprend que le miel, provenant de mélèzes, a cristallisé très vite; qu'il est devenu aussi dur que du sucre en morceau. Sacré apprentissage!
Antistress
Notre passionné s'instruit: sa bibliothèque prend du poids, pour ne pas dire de l'embonpoint: ouvrages anciens sur l'apiculture, élevage des reines, l'apiculture du week-end, etc. En 1983, il suit des cours d'un apiculteur alsacien. Il est d'emblée séduit par le système utilisé par ce dynamique retraité de la SNCF. Il achète des ruches en kit; recherche des reines sélectionnées. Il existe d'ailleurs en Suisse, plusieurs stations de fécondation.
Gilbert Duruz travaille sans protection. Pas de voile, ni de gants qui le rendraient maladroit. Sa recette: calme et douceur ou s'occuper de ses abeilles tôt le matin lors de la récolte.
Informaticien de profession, il avoue avoir trouvé un bon équilibre entre le monde stressant des ordinateurs et celui, naturel, de l'apiculture. "On ne peut pas être énervé quand on est en contact avec des abeilles, sinon elles réagissent immédiatement". Dans ce cas, il vaut mieux s'éloigner et se calmer.
Botanique et apiculture vont de pair
Lorsqu'on s'occupe d'apiculture, on s'intéresse automatiquement au règne animal et à la botanique. Aux fleurs plus particulièrement et au varroa, cet acarien qui se colle à l'abeille et suce son sang. La bête noire des apiculteurs! L'origine de cette maladie serait due à un colon qui emmena ses ruchers en Inde au XVIIe siècle où cette sorte de "vampire" existait déjà parmi les abeilles autochtones. Il migra sur l'abeille venue d'Europe. Par la suite, des chercheurs allemands emmenèrent des essaims pour les étudier dans leur pays. L'un d'entre-eux s'envola dans la nature. On connaît la suite...
Maintenant sur l'internet
Il y a environ trois ans, Gilbert Duruz s'est également lancé dans la création d'un site internet (http://home.urbanet.ch/urba7531). Il y explique sa technique apicole, les ruches "Dadant-Blatt divisibles" (à deux colonies). Il présente, en chiffres, les instituts spécialisés en Europe, le butinage, la composition du miel, les normes de qualité, les espèces). On y apprend aussi qu'une abeille pèse, à vide, 80 mg et peut emporter une charge presque aussi lourde qu'elle! Volant à la vitesse de 27 km/h, elle parcourt environ 800 km durant sa vie. Il y parle également de mythologie, donne des recettes. "Cela m'a apporté de nombreux contacts, des rencontres.
La plupart des apiculteurs ont l'âge de la retraite. Il y a très peu de jeunes. Gilbert Duruz a donc été invité à se rendre dans une classe valaisanne pour parler aux enfants. Il en est ressorti avec l'idée suivante: pourquoi ne pas aménager, près de l'école, une ruche didactique? Il suffirait juste de trouver la bonne personne pour s'en occuper. Le protagoniste du projet, lui, se rendrait une fois par mois sur place, pour ouvrir la ruche. "Les enfants ont la trouille d'être piqués. Il faut leur apprendre que l'abeille n'attaquent qu'en dernier recours. J'aimerai leur donner confiance. Le monde des abeilles est tellement passionnant". Maeterlinck, le grand écrivain belge, ne le disait-il pas déjà dans ses livres?
Nicole Marrama
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