Quelques articles de la revue suisse d'apiculture concernant des résidus d'antibiotiques dans le miel indigène :

Qualité du miel et résidus d'antibiotiques (SAR 00-07-256)

Rapport concernant le contrôle du miel de la FSSA

Analyses d'antibiotiques au laboratoire SQTS de Courtepin (SAR 00-08-289)

Les teneurs d'antibiotiques mesurées par Interlabor Belp (SAR 00-08-295)


Qualité du miel et résidus d'antibiotiques (SAR 00-07-256)

Stefan Bogdanov et Peter Fluri, Centre de recherches apicoles,
Station fédérale de recherches laitières, Liebefeld, 3000 Berne
Traduction : Michel Dubois

Jusqu'à peu, le miel suisse avait la réputation d'être un produit de qualité exempt de résidus d'antibiotiques. Or, de récentes analyses effectuées par les laboratoires cantonaux laissent supposer que de tels résidus sont fréquents. Même si seuls quelques apiculteurs ou apicultrices recourent de manière illégale aux antibiotiques ils portent ainsi préjudice à l'ensemble de l'apiculture et au miel suisse.

Il est interdit d'utiliser des antibiotiques pour lutter contre la loque américaine

La loque américaine est l'épizootie la plus dangereuse pour les abeilles. Elle est due à la bactérie Paenibacillus larvae qui produit des spores. Ces dernières sont extrêmement résistantes et restent infectieuses pendant des décennies dans les colonies d'abeilles, sur les rayons et autres matériaux. En conséquence, une lutte rigoureuse est indispensable. Elle est décrite dans l'Ordonnance sur les épizooties et les directives du Centre de recherches apicoles (voir encadré). Ces dispositions légales prescrivent de brûler les colonies malades et de désinfecter ou d'éliminer les ustensiles et outillage contaminés du rucher infesté ainsi que de contrôler les ruchers avoisinants (zone sous séquestre). Les cantons dédommagent les apiculteurs pour les colonies d'abeilles détruites. L'utilisation d'antibiotiques est interdite aussi bien pour la prévention que pour la lutte.

Autrefois, l'utilisation d'antibiotiques était autorisée, mais elle n'a pas eu le succès escompté

Lorsque dans les années trente de nouveaux médicaments sont apparus pour lutter contre les maladies infectieuses, les apiculteurs suisses ont espéré pouvoir les utiliser avec succès pour combattre la loque américaine. On utilisa d'abord des antibiotiques du groupe des sulfamides et plus tard de la streptomycine, de la pénicilline et de la terramycine. On s'est toutefois rapidement aperçu qu'il était difficile d'éliminer la loque américaine avec des antibiotiques, car ceux-ci ne détruisaient que la forme végétative des bactéries. Les spores en tant que forme de latence peuvent rester intactes très longtemps et provoquent de nouveaux foyers d'infection dès que l'on suspend les traitements aux antibiotiques. En outre, à cette époque déjà, on a attiré l'attention sur les résidus d'antibiotiques dans le miel et sur l'apparition de bactéries résistantes (Wille, 1967). Les rapports actuels confirment ces anciennes craintes. Aux états-Unis et en Argentine, on a décelé des agents pathogènes de la loque américaine qui se sont montrés résistants à la terramycine (substance active: la tétracycline), (Mussen, 2000; Alippi, 2000).

C'est la raison pour laquelle l'utilisation d'antibiotiques est aujourd'hui interdite en Suisse et dans l'UE pour lutter contre la loque américaine. En Amérique du Nord par contre et dans d'importants pays exportateurs de miel d'Amérique centrale et du Sud, on utilise régulièrement des antibiotiques pour la prévention et la lutte contre la loque américaine.

Résidus d'antibiotiques dans le miel

En 1997, l'Allemagne et la Suisse font savoir que le miel provenant d'Amérique centrale, en particulier du Mexique, contient de la streptomycine. Lors du congrès Apimondia de 1997 à Anvers, on apprend à l'occasion d'une conférence internationale que les apiculteurs mexicains uti1isent un « fortifiant » contenant de la streptomycine, contaminant ainsi le miel. Des analyses des laboratoires officiels en 1999 ont démontré que parmi 310 miels étrangers analysés, 107 échanti1lons, c'est-à-dire près d'un tiers, étaient positifs. Parmi les résidus découverts, il s'agit surtout de streptomycine. On a également découvert des résidus de tétracyclines et de sulfamides.

Jusqu'à peu, on admettait que le miel suisse était un produit de qualité ne contenant quasiment aucun résidu en raison de l'interdiction frappant les antibiotiques. Ainsi, les analyses effectuées par les laboratoires cantonaux en 1999 ne décèlent qu'un seul miel suisse contaminé sur 93. Il faut cependant savoir que jusqu'à fin 1999, les laboratoires cantonaux ne pouvaient déceler les sulfonamides dans le miel que de manière qualitative et non quantitative. Ce n'est qu'il y a six mois que le laboratoire cantonal bernois que l'émission de télévision des consommateurs « Kassensturz » a rapporté en avril de cette année qu'un miel suisse sur les trois analysés contenait des sulfonamides. Le miel incriminé provenait du Tessin et contenait 4 mg de sulfathiazol par kilo, ce qui signifie un taux quatre-vingt fois trop élevé par rapport au seuil de tolérance prescrit pour le miel ! L'Office fédéral de la santé publique a annoncé que 50 tonnes de miel suisse contenant des sulfonamides étaient stockées auprès d'un grossiste.

Actuellement, des analyses relatives aux résidus d'antibiotiques dans le miel suisse sont planifiées et en cours dans tous les laboratoires cantonaux. Les premiers résultats montrent que près d'un quart des échantillons contiennent des antibiotiques, en particulier des sulfonamides. Cependant, on aura une meilleure représentation de la situation dans le courant de l'année.

Qualité du miel

Etant donné que les directives de lutte contre les épizooties des abeilles ne prévoient pas l'utilisation d'antibiotiques, aucune de ces substances ne devrait en principe se trouver dans du miel suisse. Il est probable toutefois qu'une partie des apiculteurs et apicultrices enfreignent l'interdiction d'utiliser des antibiotiques et proposent du miel qui ne remplit pas les exigences suisses en matière de qualité. Ce miel ne répond pas aux attentes des consommateurs(trices) et sa valeur en est diminuée.

Dans les autres pays, les prescriptions sont souvent moins sévères, de telle sorte que des traces de résidus peuvent apparaître aussi lors de bonnes pratiques de production. Les autorités sanitaires suisses ont tenu compte de ces circonstances et ont fixé des valeurs limites pour les antibiotiques qui au début étaient destinées au miel importé uniquement. Vu la nouvelle situation concernant les résidus d'antibiotiques dans le miel suisse, les autorités sanitaires pensent qu'il faut maintenant appliquer les valeurs limites au miel indigène aussi.

 Matière active

 Valeur de tolérance * mg/kg

 Sulfonamides

0,05

 Tétracyclines

0,02

 Streptomycines

0,02

* La valeur de tolérance vaut pour la somme de toutes les substances des groupes d'antibiotiques concernés.

** Disposition transitoire valable jusqu'à fin 2000 : 0,05 mg/kg.

Par valeur de tolérance, on entend la valeur à partir de laquelle un dépassement entraîne une diminution de la qualité du produit. Les miels dépassant la valeur de tolérance ne peuvent, du point de vue juridique, être écoulés dans le commerce. Les apiculteurs et apicultrices doivent retirer de tels miels du marché.

Existe-t-il une menace pour la santé des consommateurs(trices) ?

Selon les autorités sanitaires, les résidus de sulfonamides découverts dans le miel ne sont pas directement dangereux pour la santé. On n'exclut cependant pas que la prise régulière d'antibiotiques, même en petites quantités, peut favoriser l'apparition de bactéries résistantes dans l'intestin. Une infection due à des germes résistants est plus difficile à combattre avec des substances chimiothérapeutiques.

Chez les personnes sensibles aux antibiotiques, cela peut provoquer des allergies. Ces personnes devraient consommer uniquement du miel dont elles sont sûres qu'il est exempt de résidus.

Responsabilité des producteurs de miel

Les apiculteurs(trices) sont responsables du respect des exigences légales relatives à la qualité de leur miel. Les laboratoires cantonaux étant compétents en matière de contrôle, ils vont à l'avenir effectuer davantage d'analyses et demander des comptes aux producteurs fautifs. Les organisations apicoles ont été priées de mettre sur pied un autocontrôle efficace. il semble également important de clarifier l'origine des résidus aujourd'hui bien répandus.

Les apiculteurs(trices) qui souhaitent savoir si leur miel contient des antibiotiques peuvent soit s'adresser au chimiste cantonal responsable ou mandater un laboratoire privé.

Il existe actuellement deux méthodes pour analyser les antibiotiques: la première, la moins coûteuse, est le screening qui montre les échantillons positifs; la seconde, la plus onéreuse, est une méthode quantitative qui mesure exactement la quantité d'antibiotiques. Nous recommandons aux apiculteurs d'utiliser la méthode du screening qui se base sur le test de Charm. Tous les trois groupes de substances (sulfonamides, tétracyclines et streptomycines) peuvent être décelés au travers de celui-ci. Si le résultat de ce test est négatif, on peut en conclure que le miel ne contient pas d'antibiotique. En cas de résultat positif, il faut le confirmer par une analyse quantitative. D'après les données dont on dispose jusqu'ici, le plus grand danger provient des sulfonamides.

La confiance ébranlée des consommateurs(trices) par rapport au miel suisse peut être regagnée si tous les apiculteurs et toutes les apicultrices appliquent avec sérieux les bonnes pratiques de production et offrent un miel de qualité exempt d'antibiotiques.

Bibliographie

Alippi A. M. (2000). Is Terramycin losing its effectiveness against American Foulbrood ? Bee Biz 11: 27-29.

Bühlmann G. (1992). Statistik der anzeigepflichtigen Bienenkrankheiten. Schweiz. Bienen-Z. 115 (2) : 74-83.

Mussen E.C. (2000). Antibiotic-resistant American Foulbrood. Am Bee J. 140 (4): 300-301.

Wille, H. (1967). Was ist von der Sanierung der bösartigen Faulbrut mit Heilmitteln zu halten ? Schweiz. Bienen-Z. 90 (2) : 1-6.


Rapport concernant le contrôle du miel de la FSSA (SAR 00-08-302)

Katharina Bieri, Susan Bucher

Résidus d'antibiotiques

Comme vous l'avez appris par la presse, on a décelé dans les miels suisses des résidus d'antibiotiques, en particulier de sulfonamides (voir numéro de juillet du journal suisse d'Apiculture). On ne peut pas encore déterminer la proportion des miels contaminés, les sulfonamides étant très difficiles à détecter. Sur demande de la FSSA, 30 miels ont été analysés dans le cadre de l'autocontrôle (devoir de diligence) par lnterlabor à Belp. Dans un premier temps, tous les miels ont subi un test de Charm. Les échantillons positifs ont été confirmés au moyen d'une analyse HPLC. En guise d'échantillon de contrôle, un miel produit à Liebefeld a été analysé qui ne contenait avec certitude aucun antibiotique.

Résultats

Test de Charm Parmi les 30 échantillons analysés 16 se sont révélés positifs, y compris l'échantillon de contrôle de Liebefeld
Analyse HPLC Parmi les 16 échantillons susmentionnés, un seul s'est révélé positif à l'analyse HPLC avec 0,016 mg de sulfathiazol et 0,013 mg/kg de sulfadimidine. L'échantillon de contrôle de Liebefeld était négatif

En résumé

Afin d'éviter toute « incertitude, il est conseillé aux apiculteurs de ne pas effectuer pour l'instant d'analyses du miel au moyen du test de Charm, étant donné que cette méthode n'est pas assez sûre pour la détection des sulfonamides. A ce propos, les apiculteurs sont priés d'observer les recommandations dans les journaux d'apiculture.


Analyses d'antibiotiques au laboratoire SQTS de Courtepin (SAR 00-08-289)

Berchtold Lehnherr, Krattigstrasse 55, 3700 Spiez
traduction : Daniel Thommen, 6300 Zoug.

Le laboratoire SQTS (Swiss Quality Testing Services), qui fut anciennement un laboratoire de test de la Migros, effectue aujourd'hui des tests alimentaires pour de tierces personnes. Il est devenu un centre de test compétent pour le contrôle alimentaire. Le laboratoire SQTS de Courtepin (FR) effectue aussi des tests de dépistage d'antibiotiques pour les apiculteurs. Quotidiennement, des échantillons tels que de la viande ou du miel proviennent de toutes les régions de la Suisse. A la réception, chaque échantillon est muni d'un code-barres qui permet une identification neutre. Des lecteurs de codes-barres pilotés par des ordinateurs permettent de reconnaître les différents échantillons et de traiter efficacement les résultats de mesures. Une permutation d'échantillons est de ce fait techniquement impossible. Cette pratique assure aussi la confidentialité des analyses. Lors d'analyses pour des particuliers, aucun résultat n'est communiqué à de tierces personnes. Seul le client qui a demandé l'analyse reçoit les résultats de mesure.

Dépistage d'antibiotiques

Les analyses de routine sont fortement automatisées. L'activité principale du laboratoire d'analyse de Courtepin fut les analyses de viandes pour le compte de Migros. Un laboratoire similaire analysait les fruits et légumes à Dietikon. Les connaissances acquises par le laboratoire SQTS sont aujourd'hui disponibles pour un plus large public. Les spécialistes couvrent actuellement tous les domaines de la microbiologie, la médecine vétérinaire et la technologie alimentaire. Ces compétences sont au service de la clientèle pour les conseils et le support. Le but du SQTS est d'informer les clients, que ce soit la Migros, les détaillants, les distributeurs alimentaires ou d'autres clients privés. M. Roland Dousse, qui dirige les secteurs viande et hygiène, précise que les apiculteurs peuvent aussi lui faire parvenir des échantillons de mile pour l'analyse des résidus d'antibiotiques. M. William Leiser travaille dans la section viande, aidé par Jean-Charles Gander, qui fonctionne comme auditeur. Ce sont eux qui ont mis en évidence les résidus traditionnels d'antibiotiques dans la viande. Pour déterminer rapidement si l'échantillon contient des traces d'antibiotiques, le Charm-test est utilisé depuis de nombreuses années. Ce test utilise un marquage radioactif qui se lie sur les liaisons des différents types d'antibiotiques. Si le scintillateur mesure une radioactivité élevée, l'échantillon est exempt d'antibiotique. Inversement, si les valeurs mesurées par le scintillateur sont faibles, le test est positif et rapporte la présence d'antibiotique. Le Charm-test n'apporte malheureusement qu'un résultat qualitatif. Il permet seulement de déterminer si un échantillon contient ou non des résidus. Pour une mesure quantitative, la mesure HPLC, plus lourde et plus onéreuse, doit être utilisée.

L'indice suffit

Pour un apiculteur moyen, le Charm-test suffit amplement. Lors d'un résultat négatif, soit aucun résidu d'antibiotique, l'apiculteur est assuré que le miel n'est pas contaminé. Si par contre les résultats du test sont positifs, le miel ne doit pas être mis sur le marché.

Pour mesurer les résidus de manière précise et s'assurer qu'ils sont sous le taux maximal de 20 ppb (0,02 mg/kg), une mesure HPLC est indispensable. Mais cette mesure précise est très onéreuse, car pour chaque type d'antibiotique, la sulfonamides, la streptomycine ou la tétracycline, il faut compter 250 francs. Cette analyse est de ce fait beaucoup trop onéreuse pour un petit producteur. Dans un tel cas, il serait sans doute plus raisonnable de manger le miel soi-même ou d'en nourrir les ours du zoo le plus proche que de payer le prix d'analyses onéreuses et de ne pas pouvoir écouler son miel.

Les antibiotiques, un sujet sensible

Jean-Charles Gander explique que les antibiotiques ne sont pas des substances nocives en soit. Elle empêchent seulement le développement de bactéries. Le problème avec l'utilisation d'antibiotiques est la sélection de souches résistantes aux substances utilisées. Des aliments chargés d'antibiotiques pourraient rendre les bactéries de la flore intestinale résistantes et ainsi réduire l'efficacité des traitements administrés par la médecine moderne. Raison suffisante pour ne pas tolérer de traces d'antibiotiques dans le miel. Les antibiotiques ne constituent pas un poison, mais représentent un sujet sensible auprès des consommateurs. Des émissions comme Kassensturz ou Espresso utilisent ces « horreurs » qui traversent notre système digestif pour atteindre des taux d'écoute élevés. Les laboratoires d'analyses aussi attirent l'attention par leurs investigations, comme par exemple la découverte d'antibiotiques dans le miel suisse. Si les apiculteurs ne sont pas méticuleux, des titres négatifs continueront d'apparaître précise M. Dousse. Il a lui-même vécu à plusieurs reprises comme les antibiotiques dans la viande ont été repris par les médias avec entrain. Tout ce qui passe par l'estomac passe aussi bien par les médias pense M. Dousse.

Ceci est à prendre au sérieux car le miel connaît une très grande sympathie auprès du consommateur. Des substances étrangères pourraient mettre fin à la bonne réputation du miel.

Conservation dans le miel

Au sein des sociétés d'apiculture, il reste pas mal de questions ouvertes: où se trouvent les sources de la contamination ? Par quel biais ces traces d'antibiotiques parviennent-elles dans le miel ? M. Dousse répond qu'il est difficile pour un novice de comprendre comment une substance est dégradée ou pourquoi une autre se conserve. Pour donner réponse à de telles questions, des analyses sont nécessaires. Le laboratoire de Courtepin se tient à la disposition des apiculteurs. C'est la position du centre de compétence SQTS pour l'analyse de denrées alimentaires. Ce laboratoire a accumulé beaucoup d'expérience par ses travaux avec les coopératives de Migros et est à même d'anticiper ce qui peut arriver aux producteurs. Comme par exemple les antibiotiques dans le miel.

Lors des transformations du miel dans le jabot de l'abeille, les antibiotiques ne sont pas digérés comme c'est le cas lors de la digestion pour le bétail. Pour cette raison, du point de vue du consommateur, il est impossible d'utiliser des antibiotiques au rucher. L'agriculteur, de son côté, a un avantage, puisque la digestion élimine progressivement ces substances. Il sait qu'il doit observer une période d'abstinence après un traitement aux antibiotiques pour éviter des traces dans le lait ou la viande. L'apiculteur par contre ne peut pas compter sur la dégradation des antibiotiques. Au contraire, les abeilles sont un parfait miroir de tous les résidus de leur nourriture et le leur environnement. elles enregistrent ce que l'apiculteur ajoute à leur nourriture et ce sont les analyses au laboratoire qui le mettent en évidence. Celui qui ne sait plus trop ce qui nourrit ses abeilles doit s'acquitter des frais de laboratoire ou se rendre compte qu'à long terme, une apiculture sans produits contenant des antibiotiques, comme par exemple le Sulfathiaziol ou la Cantresin, est meilleur marché.

Des analyses pour un autocontrôle

Le laboratoire SQTS à Courtepin analyse donc aussi des échantillons de miel pour des privés. Le Charm-test coûte, par substance analysée, comme par exemple la sulfonamide, la streptomycine ou la tétracycline; 35 francs. L'analyse des trois groupes revient donc à 105 francs. Pour la recherche d'une seule substance, un prix forfaitaire de 50 francs est facturé. Pour maintenir les coûts d'analyse bas, Jean-Charles Gander du laboratoire SQTS propose que deux ou trois apiculteurs se groupent pour envoyer un mélange de leur miel. Si l'échantillon ne contient pas d'antibiotique, tout le monde peut être tranquille. Si tel n'était pas le cas, chacun devra envoyer un échantillon individuellement.

C'est aussi la méthode que la FSSA préconise pour réduire les frais d'analyse. Cette année la FSSA effectuera des prélèvements d'échantillons dans le cadre du contrôle du miel pour rechercher les sources de la contamination et pour répondre aux questions ouvertes.

Adresse : SQTS, rte de l'Industrie 61, case postale 135, 1784 Courtepin, tél. (026) 684 8040, fax (026) 684 8049.


Les teneurs d'antibiotiques mesurées par Interlabor Belp (SAR 00-08-295)

Berchtoid Lehnherr, secrétaire FSSA, 3007 Berne

lnterlabor SA, à Belp, dispose d'un service de micro-analyse des produits Pharmaceutiques et des denrées alimentaires. Il est installé dans les laboratoires de l'ancienne maison Galactina et emploie 50 collaboratrices et collaborateurs travaillant comme chimistes, biologues, laborantins et techniciens. Dès ses débuts il y a trente-six ans, Interlabor a déjà analysé le miel. La Fédération suisse des sociétés d'apiculture a également fait analyser ici ses échantillons en ce qui concerne les antibiotiques.

Grâce au service de micro-analyse neutre d'Interlabor, à Belp, il s'est avéré que la nouvelle méthode d'analyse élaborée par l'office fédéral de la santé publique (OFSP) et le laboratoire cantonal bernois livrait dans une première étape des résultats erronés.

Hors de proportion

La Narimpex, à Bienne a également fait remarquer au gérant Ruedi Camenzind que des teneurs en antibiotiques trop élevées avaient été relevées dans le miel. Certes, les résultats des analyses peuvent différer de laboratoire à laboratoire. Néanmoins, la confiance des apiculteurs et des consommateurs a été ébranlée par la diffusion prématurée de teneurs d'antibiotiques soit-disant élevées dans le miel. Les apiculteurs et producteurs de miel avaient l'air d'être pieds et poings liés face aux contrôles officiels. Il fallut des analyses neutres basées sur le test HPLC pour découvrir que l'évaluation des « peaks » trouvés était hors de proportion.

Le miel est un aliment exceptionnel

L'épouse du gérant Ruedi Camenzind l'assiste également dans son travail. Le couple se fait chaque matin une tartine au miel et, avant une randonnée en vélo une double ration les fortifie. Pour les Camenzind, le miel n'est pas uniquement un produit comportant d'intéressantes composantes, mais aussi une « fantastique » denrée alimentaire. Il est donc d'autant plus important que l'on porte toute l'attention requise à la production. Selon Camenzind, « les apiculteurs doivent veiller à ce que l'image du produit ne soit pas ternie. Elle en prendrait un trop grand coup si le miel faisait les gros titres par suite de résidus de métaux lourds, de pesticides ou d'antibiotiques que l'on y trouverait. »

Des tests certes rapides, mais fallacieux

Lors de la campagne d'analyses de la Fédération suisse des sociétés d'apiculture, le test de Charm indiquait que la moitié des échantillons renfermait des résidus d'antibiotiques. Le test HPLC qui suivit a cependant révélé qu'un seul de ces échantillons sur 31 arrivait tout juste à la valeur de tolérance de 50 ppb de sulfamides. Il semblait que la méthode reposant sur le test rapide était inutilisable (voir encadré plus loin).

En tant que chimiste, Ruedi Camenzind s'opposait auparavant aussi à de tels tests rapides qui, dans un grand nombre d'échantillons de denrées alimentaires, ne sélectionnent particulièrement que ceux pouvant comporter éventuellement des résidus. « il ne faut simplement pas surestimer la valeur de la méthode rapide », convient-il avec réserve, « mais pour des raisons économiques, les clients acceptent de préférence une analyse préalable, lorsque celle-ci revient à moins de 100 francs. » Le test de Charm est donc idéal pour classer des échantillons, soit pour exécuter ce que l'on appelle un « screening ». « En somme, les résultats du test de Charm n'auraient pas été erronés, s'il y avait eu des résidus dans le miel, mais ils indiquaient que beaucoup trop d'échantillons étaient positifs. Toutefois, la fiabilité du test est trop faible si l'on arrive à 1échantillon sur 30 dans un second test », d'après Camenzind. il faut donc améliorer la méthode. Entre-temps, le laboratoire cantonal bernois a fait remarquer lui aussi que les acides aminobenzoïques, substance naturelle que renferme le miel, font croire à la présence de sulfadimidine. De ce fait, le test de Charm non rectifié préalablement n'est pour le moment pas approprié pour déterminer la présence de sulfamides.

Des discordances sont apparues également dans la méthode HPLC. Dans un miel de châtaigne par exemple, une substance naturelle se trouvant dans le miel a fait croire à la présence d'antibiotiques. Dans la micro-analyse des denrées alimentaires aussi, on peut se demander dans quelle mesure on maîtrise celle-ci. Substances naturelles et groupes d'antibiotiques recherchés peuvent donc se superposer. « C'est pourquoi nous mesurons sous diverses longueurs d'ondes ou nous utilisons des colonnes permettant une séparation très poussée », déclare Camenzind qui objecte encore: « Il n'existe pas de laboratoire infaillible ».

Ce qui est bon dans l'affaire

Comment l'apiculteur peut-il se défendre contre des analyses de laboratoire erronées? Comment peut-il démontrer que les antibiotiques s'introduisent aussi dans les colonies sans qu'il y soit pour quelque chose? Doit-il même en arriver à payer un avocat et faire pratiquer des contre-expertises, afin de s'opposer à des mesurages erronés ? Comme si l'hypothèque que fait peser la varroase ne suffisait pas à l'apiculture! Mais l'on peut voir les choses différemment: le défi que représente la varroase et les reproches quant aux antibiotiques peuvent aussi comporter une chance. En détruisant les colonies touchées, en formant davantage de colonies et en accroissant les capacités naturelles de résistance, il est possible de renoncer à utiliser excessivement des substances étrangères, à l'emploi répété d'acide oxalique, de péricine et de produits analogues ou à fournir une dose exagérée de sucre, donc de revenir à une apiculture naturelle. « Les apiculteurs suisses pourraient également influencer positivement la production de miel à l'étranger si seul le miel sans antibiotiques était admis à l'importation. » Dans l'agriculture, les produits de niche sains tels que le miel et les herbes aromatiques sont très demandés. L'apiculteur devrait donc viser à une production plus saine par autocontrôle.

Analyser des échantillonnages mixtes

De quelle manière l'apiculteur peut-il obtenir des résultats d'analyse exacts à peu de frais? « Les apiculteurs peuvent se grouper pour présenter un échantillonnage mixte et faire procéder à une analyse HPLC fiable revenant à 210 francs à Interlabor», déclare Camenzind. Si quatre échantillons sont fournis à titre d'échantillonnage mixte, un échantillon revient à environ 50 francs. Toutefois, si le résultat est positif, il faut encore analyser chaque échantillon séparément. Le président de la FSSA, Hans-Georg Wenzel, a proposé il y a quelque temps déjà que l'on fournisse cette prestation en faveur de l'apiculture par le biais de la Fédération suisse et, parallèlement, d'en utiliser les résultats comme contrôle du miel. L'autocontrôle serait cependant aussi à la charge des apiculteurs.

Ces « peaks » qui dérangent

Venant de la micro-analyse pharmaceutique, le chimiste Heinz Laska s'est aussi occupé intensivement de la micro-analyse du miel. Se basant sur les feuilles de méthode, Laska explique la raison éventuelle du trop grand nombre d'échantillons positifs que le laboratoire cantonal bernois a dénombrés lors du test de Charm. « En utilisant notre propre méthode pour l'HPCL, nous avons constaté que dans l'analyse des sulfamides, le « peak » trouvé était provoqué par une substance inconnue qui n'a rien à voir avec les antibiotiques. » La méthode d'Interlabor se base sur une méthode validée et publiée par un périodique allemand sur les denrées alimentaires. « Nous savons très bien quels sulfamides nous cherchons à déterminer, car nous travaillons selon un standard interne qui est ajouté à chaque échantillon. En outre, nous vérifions la microanalyse au moyen d'un échantillon de miel négatif », déclare le chimiste. Interlabor a procédé à l'hydrolyse des échantillons de miel à la température ambiante et non a 60'C, comme l'a fait le laboratoire cantonal bernois et que l'OFSP a présenté comme une méthode recommandable. Heinz Laska a trouvé que le réchauffement accroissait les « peaks », faisant croire à la présence de sulfadimidine, donc d'un antibiotiques « Plus la température persistait et était élevée lors de l'hydrolyse, plus l'on a obtenu ces « peaks » fâcheux. D'autre part, tous les véritables antibiotiques sulfamidés ont été trouvés par l'hydrolyse à la température ambiante. Une collaboratrice a fourni à Laska un miel de forêt suisse qui était très positif au test de Charm, mais non lors de l'analyse HPLC, mais qui présentait un « peak » pour une substance inconnue qui aurait pu faire croire à la présence d'antibiotiques. « Selon la sorte de miel, des effets gênants peuvent donc se produire, qu'il s'agit d'interpréter correctement », déclare Laska. Les apiculteurs nécessitent donc l'aide d'experts neutres et l'apport d'analyses objectives.